Twitch : quand le streaming en ligne challenge la TV

Marion Bories
08/04/2020

Si le sport traditionnel a pu se développer grâce au soutien des chaînes télévisées, l’esport s’est quant à lui tourné vers d’autres canaux de diffusion.

Sa croissance récente est en effet fortement liée à celle du streaming, à commencer par la plateforme Twitch.

Accessibles, innovants et plébiscités par le jeune public, ces sites Internet viennent aujourd’hui concurrencer nos bonnes vieilles chaînes hertziennes…

TWITCH, MODE D’EMPLOI

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de rappeler le mode de fonctionnement de Twitch.

Nous avons d’un côté des diffuseurs , professionnels ou non, qui utilisent leurs ordinateurs, leurs consoles (ou même des régies dans le cas des professionnels), afin de proposer du contenu sur leur chaîne. De l’autre, les spectateurs qui utilisent leur navigateur Web pour accéder aux différentes chaînes disponibles.

En somme, des millions de créateurs pour des dizaines de millions de spectateurs.

Un fonctionnement relativement simple et intuitif qui a rapidement rencontré le succès, notamment auprès des 18-34 ans qui représentent
actuellement 55% de l’audience. Selon InfluencerMarketingHub, ils sont plus de 15 millions à se connecter quotidiennement pour regarder leurs personnalités favorites et discuter en direct.

Car ce sont bien là les deux grands atouts de Twitch, le direct et la présence d’un espace de discussion libre sur chaque chaîne. Les tchats apportent ainsi une dimension sociale forte à la plateforme, renforçant, par là même, l’engagement de la communauté.

Que trouve-t-on sur Twitch ?

La plateforme est principalement dédiée aux contenus liés aux jeux vidéo, mais également à l’esport, car la montée en puissance du jeu compétitif va de pair avec celle des plateformes de streaming en direct. Deux statistiques permettent d’étayer ces propos : en 2012, l’esport n’intéressait que 134 millions de personnes (Source : Newzoo), contre 454 millions aujourd’hui (Newzoo), tandis qu’en 2012, Twitch n’attirait que 15 millions de spectateurs par mois (MTV), contre 15 millions par jour en 2018.

Une audience en nette progression qui intéresse évidemment les investisseurs, à commencer par les GAFAM. Chaque géant possède son poulain du secteur du streaming : Google a racheté YouTube, Facebook a lancé Facebook Gaming, Microsoft possède Mixer et Amazon s’est approprié Twitch. La firme de Jeff Bezos a ainsi déboursé la coquette somme de 970 millions de dollars en 2014 pour s’offrir le numéro un du marché.

LE GRAND AMOUR DES 18-34 ANS

Comme nous l’avons vu, les principaux consommateurs de Twitch sont la génération dite des «millenials». Ces jeunes particulièrement à l’aise avec le digital se sont rapidement appropriés la plateforme, notamment en plébiscitant certains programmes aujourd’hui très populaires.

Outre les millions d’amateurs autour desquels gravitent des communautés relativement réduites, nous retrouvons sur Twitch des grandes compétitions esport.

Riot Games possède ainsi sa propre chaîne lui permettant de diffuser ses championnats de League of Legends, tandis que le tournoi The International de Dota 2 y est retransmis chaque année.

Nous pouvons également citer l’ESL, la DreamHack, les RLCS de Rocket League ou encore la Rainbow Six Siege League. Bref, le site d’Amazon sert véritablement de tremplin pour des centaines de contenus esport majeurs chaque année.

Mais Twitch est également une plateforme sociale. Pour tirer parti du tchat et du direct, de nombreuses WebTV et émissions ont vu le jour, à commencer par LeStream. Cette chaîne lancée par Webedia en 2017 diffuse tous les jours, de 7h à minuit en semaine, et de 10h30 à 23h le week-end. De nombreuses émissions en direct se succèdent, de la matinale (Le Matin) à l’émission de débat (La Discorde) en passant par des journaux (Le Récap).

Ils sont ainsi des milliers à profiter de ces programmes originaux chaque jour.

Dans la catégorie talkshow, nous pouvons également citer Domingo, créateur français au succès retentissant. Avec son émission PopCorn, il domine quasiment chaque semaine le gratin mondial, terminant régulièrement en tête de l’audimat de Twitch.

TWITCH ET SA TOUTE NOUVELLE GéNéRATION DE STARS

Ce nouveau mode de diffusion aura permis à l’esport de décoller, mais également à une toute nouvelle génération de talents d’éclore.

À l’instar des YouTubers, les personnalités de Twitch rassemblent déjà des communautés extrêmement larges et particulièrement engagées. Du côté des Etats-Unis, nous retrouvons ainsi Ninja (qui a récemment annoncé son départ pour Mixer, la plateforme de Microsoft) et ses 14,7 millions d’abonnés, Tfue et ses 7,7 millions d’abonnés ou encore DrDisrespect qui totalise 4,1 millions d’abonnés.

Mais les français ne sont pas en reste, à l’image de Squeezie et ses 1,6 million d’abonnés ou encore Zerator et Domingo qui ont chacun dépassé les 700 000 abonnés.

Pour profiter de ce large public, des annonceurs issus de tous les secteurs se sont rapprochés de Twitch. Gillette, Pringles, Hertz, Red Bull, Adidas… de nombreuses marques ont lancé des opérations commerciales d’envergure avec une foule de créateurs de contenus populaires.

Certains annonceurs tirent d’ailleurs parti des spécificités de la plateforme, comme Uber Eats qui livre régulièrement des repas au joueur Ninja durant ses diffusions en direct. L’objectif étant évidemment de vanter la réactivité et la diversité des restaurants proposés par le service de livraison. Des activations visionnées à chaque stream par plusieurs dizaines de milliers de personnes.

De son côté, la marque Nissin a confié des bols de nouilles instantanées à la streameuse Pokimane qui se charge de les préparer en direct devant des milliers de spectateurs.

Dans l’Hexagone, nous pouvons évoquer les encarts publicitaires affichés par LeStream (Les Produits Laitiers, Pringles, BXGaming…) et PopCorn (Diesel Parfums, Pringles…).

Au bout du compte, ces associations permettent de professionnaliser les contenus disponibles sur Twitch, qu’il s’agisse de talkshows ou de compétitions esport.

Une relation qui ne fait que se renforcer puisque de plus en plus d’entreprises choisissent de réorienter leur budget communication initialement dédié à la télévision vers les médias en ligne. Aux dernières nouvelles, l’US Navy a par exemple décidé d’allouer 97% de son budget publicitaire «au digital et à l’esport».

Comme l’indique Raoul Leibel, Director Esports Agency chez Webedia, “ces innovations et nouveaux usages peuvent effectivement, à terme, inquiéter la TV qui voit son audience historique se faire cannibaliser”.
Data, insights, inspirations :
recevez la newsletter Webedia Insights !